Ecole du spectateur

Signé Dumas - Louis Rubellin TL1  par Francois Rubellin le 2019-10-06

Décidément, la vie d’un auteur semble être un sujet inspirant pour le théâtre. Retracer la création de Cyrano de Bergerac par Edmond Rostand ? Alexis Michalik s’en charge. Rendre hommage à Auguste Maquet, le nègre d’Alexandre Dumas qui écrivit bon nombre de chapitres de ses œuvres les plus emblématiques (Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo, La Reine Margot…) ? Cyril Gély et Éric Rouquette s’y attèlent dans Signé Dumas, la pièce qui ouvrait en grande pompe le cycle 2019-2020 de l’École du Spectateur (et qui avait inspiré le film avec Gérard Depardieu et Benoît Poelvoorde).

Un grand moment, voilà comment je pourrais décrire cette soirée, un grand moment convivial et captivant, où l’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Petite remise en contexte. En 1848, alors que la révolution embrase tous les pays d’Europe et sera, sauf en France, réprimée dans le sang, Auguste Maquet travaille dans le cabinet d’Alexandre Dumas, pour qui il est, petit à petit, devenu indispensable. Auteur de chapitres de ses romans-feuilletons à succès, concepteur d’idées pour les romans suivants, et prêteur de sommes importantes à Dumas qui est endetté de toutes parts, il est pour lui un associé et un collaborateur de la première importance. Celui qui signe, lui, s’empiffre, culbute des bergères et fait construire un manoir à sa démesure. Lorsque leur est annoncée la nouvelle de la démission de Louis-Philippe, Dumas y voit une occasion inespérée de devenir ministre de la Duchesse d’Orléans, régente, et s’empresse de dicter à Maquet une lettre adressée au peuple français, où il estime que la colère de celui-ci saura s’exprimer dans l’Assemblée conservatrice de la duchesse. Pour Maquet, les insurgés ne s’arrêteront pas à la simple démission de Louis-Philippe : ils veulent la République. Va alors commencer, à partir de ce désaccord, une querelle violente entre les deux hommes, où ils s’interrogeront quant au véritable père de Monte-Cristo ou de d’Artagnan.

On ne s’ennuie pas. C’est subjuguant, littéralement. Xavier Lemaire incarne à merveille Alexandre Dumas, un colosse tonitruant qui opprime un Maquet que l’on pourrait penser effacé et en retrait mais qui en réalité sait retourner contre Dumas ses propres combines. Une dualité que rend à merveille Davy Sardou (oui, le fils de Michel), qui livre une performance toute en finesse pour rendre son personnage convaincant. Car malgré les quelques interventions de Sébastien Pérez, plutôt convaincant en maréchal-des-logis dépassé par les événements qui frappent Paris, c’est bien autour de la confrontation électrique entre les deux hommes que la pièce va s’articuler, et c’est un bonheur. L’atmosphère, parfois extrêmement tendue, est vécue par le spectateur comme s’il était sur la scène avec les acteurs. Rien à reprocher à leur jeu : Lemaire est incroyable en Dumas, sa voix résonne sur la scène jusque dans les coulisses, l’écho donnant vraiment l’impression d’y être.

Les dialogues sont tout aussi excellents, et il est rare de trouver vraiment drôle une création contemporaine, mais comment faire autrement ce soir-là ? Certains diront vulgarité, je dirais truculence ; d’autres diront trop prolixe, je dirais qu’ainsi était Dumas et que ce qu’en fait Xavier Lemaire est incroyable de concret.

Quant au décor, il est recherché, admirablement bien fait et s’accorde à merveille avec la pièce, les accessoires sont utilisés avec brio et les éclairages sont discrets mais nécessaires et bien employés eux aussi.

Il n’est pas la peine de continuer, ce me semble, les louanges que je fais à Signé Dumas, par lequel, vous l’aurez compris, j’ai été conquis. Voilà donc une année théâtrale qui s’ouvre sous de très bons auspices !