EHESS-FMSH-LAS

séminaire privé de Michel Wieviorka  par Websco le 2014-11-27

Les élèves Nina Flabeau (TES 1) et Marie Corneloup (TES2) recensent la séance du 9 avril du séminaire privé de Michel Wieviorka

vendredi 13 juin 2014 par Nicolas Valot

Ce séminaire de sociologie du conflit dirigé Michel Wieviorka assisté du géo-démographe Hervé Le Bras et de la linguiste Irène Tamba entre autres personnalités recense et reconstruit différentes disinences sémantiques du vocabulaire des sciences sociales trop souvent mêlé à celui de la vie quotidienne pour qu’il soit possible de disposer de catégories précises relatives aux grandes questions du monde contemporain.
Ainsi des mots comme peuple, race, laïcité, crise, mouvement social, nationalisme .... se rencontrent aussi bien dans le débat public que dans les publications scientifiques.

 

Ce rendez-vous du mercredi matin à l’EHESS poursuit son enquête sur les mots et les catégories des sciences sociales en articulant la réflexion abstraite à l’examen de problèmes concrets.

La recension proposée ici par Nina Flabeau et Marie Corneloup, élèves de terminales ES, illustre le travail de l’une de ces séances consacrées à la poussée des nationalismes montrant combien est interrogé ici à nouveaux frais la notion d’universalisme et le sens qu’elle peut revêtir dans un univers globalisé.

La poussée des nationalismes, du racisme... Un séminaire de Michel Wieviorka à l’EHESS, mercredi 9 avril

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Issu du courant actionaliste de Alain Touraine, Michel Wieviorka nous a exposé la complexité du nationalisme en introduisant son discours par une différence fondamentale entre les anti-mouvements sociaux et les mouvements sociaux. Celle-ci est que les anti- mouvements cherchent à renouer avec le passé, un côté mythique en essayant de former une unité, d’être homogène culturellement, ainsi de symboliser une fermeture de la société sur elle-même ce qui amène les nationalistes le plus souvent à être homophobes, racistes, antisémites ; tandis que les mouvements sociaux se tournent vers l’avenir et se singularisent par leur lien avec le conflit.

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Certaines périodes de l’histoire française recensent ces deux phénomènes comme en 1983, lorsque dans une France en proie à l’intolérance (anti-mouvement social) et aux actes de violence raciale, s’opposent des adolescents qui lancent une grande Marche pour l’égalité (mouvement-social) afin de lutter pacifiquement contre le racisme, entre Marseille et Paris (ce qui rassemblera plus de 100 000 personnes), ce qui fera naître un véritable élan d’espoir. Cette mobilisation a été suffisamment notable pour qu’ils soient reçus par le président François Mitterrand.

L’émergence de l’anti-mouvement social en France, va commencer à prendre de l’importance lorsque le FN cesse d’être un groupuscule pour devenir une force politique en 2005. Ainsi, la fondation du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) le 26 novembre 2005 qui a pour objectif d’établir un bilan chiffré des discriminations en France et de « rétablir une égalité réelle et non théorique » entre les citoyens français, peut-être perçue comme une réaction face à cette montée du populisme. Cette même année la France verra aussi l’apparition d’importantes violences urbaines commencées à Clichy-sous-bois le 27 octobre 2005 et qui dureront trois semaines, ainsi elles se rapprochent de l’anti-mouvement exprimé en plus de la violence par la rage et la colère.

Les différentes situations peuvent se tourner chez les uns en mouvement lorsque les manifestations se construisent sur des valeurs partagées (solidarité) en se mobilisant au sujet d’enjeux conflictuels ; et chez les autres en anti- mouvement ce qui par conséquent émane de l’intolérance.

Les anti-mouvements sociaux sont, sauf exception, des partis anti-systèmes, ce qui coïncide avec le fait qu’ils utilisent la violence. (D’ailleurs, l’opinion publique a pour habitude d’accoler l’image de la violence à un parti en particulier qui est le FN comme nous l’a démontré le fait de société du cimetière de Carpentra en 1990 où en réalité ils n’étaient pas responsable ). C’est pour cela que le FN se distingue de ces derniers car ils n’utilisent pas cette ressource en tant que telle ; au vue des élections, puisqu’ils souhaitent être élus, mais cela ne veut pas dire qu’ils n’ont aucune responsabilité dans les mouvements de violence. De plus, malgré son discours le FN souhaitait tout de même faire partie du système. En effet, ces forces se prétendent anti-systèmes jusqu’au moment où ils peuvent y rentrer. Ainsi, Marine Le Pen, présidente du Front National a explicitement déclaré "nous sommes un parti de gouvernement".

En France, nous avons l’idée préconçue que la forte montée du Front National est due à la crise. Or l’extrême droite est fortement présente dans les pays que sont la Suisse et la Norvège alors que ces derniers ne connaissent pas une forte crise grâce au pétrole. Ceci permet donc de réfuter cette idée avec en outre la situation inverse qui est représentée par l’Espagne et le Portugal où là la crise est sévère mais ne possède pas de partis politiques d’extrême droite aussi important que le nôtre.

En revanche, il est vrai que le FN s’alimente de la crise pour progresser, en exprimant des discours qui se distinguent des autres partis politiques (le programme du Front National qui a pour principal but de sortir de l’Europe, emprunte deux tiers de ses idéologies à la gauche et un tiers à la droite) séduisant ainsi un grand électorat par des idées nouvelles symbolisant un nouvel espoir. Ainsi, le seul moyen d’agir contre le front national est de montrer que son programme ne tient pas la route ; qu’il est entièrement basé sur des fondements d’homophobie et de racisme.

Nina FLABEAU, TES1 et Marie CORNELOUP, TES2

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