Le grand pianiste Friedrich Gulda a un jour dit que si Mozart ne swingue pas, c’est qu’on le joue mal. Alors combien Dimitri Naïditch le joue-t-il bien ! Le pianiste ukrainien nous a, en effet, subjugué par l’approche nouvelle de la musique classique qu’il nous a offerte vendredi 8 novembre 2019, dans un concert tout à fait prenant.

Oui, me voilà déjà dithyrambique et élogieux, mais il faut l’avouer le spectacle le mérite. Spécialisé tant dans la musique classique que dans le jazz, domaines dans lesquels il a été de nombreuses fois primé, Dimitri Naïditch a commencé à mélanger les deux sur une invitation de Jean-François Zygel dans son émission La boîte à musique en 2012 autour du compositeur Jean-Sébastien Bach. De fil en aiguille, notre pianiste a continué ce travail « jazzifiant » pour arriver à des spectacles comme celui de ce vendredi 8 novembre, mais aussi à son album Bach-up, qui sortira le 15 novembre prochain.

Le travail de Dimitri Naïditch n’a rien à voir avec les guignolades électroniques d’un Max Richter recomposant les quatre saisons de Vivaldi. Comme il nous l’a expliqué dans de brèves mais claires allocutions entre deux pièces, son travail, même si majoritairement improvisé, est le fruit d’une réflexion en amont tant sur le jazz que sur le classique. Ce soir-là, nous avons donc eu droit à des premières mondiales… et a fortiori des dernières. Imaginant les mélodies et les rythmes et les mélodies sur la scène (vraiment, on le voyait fredonner ce qu’il allait jouer sur le clavier), Dimitri Naïditch a, à partir des mélodies des œuvres originelles, décomposé et reconstruit des interprétations formidables. À retenir, surtout, ce qu’il a fait de la mondialement connue Sérénade de Schubert

Le pianiste, également, n’était pas distant de son public, l’apostrophant volontiers et d’une manière chaleureuse, humaine, sans l'aspect robotique que l’on peut parfois trouver chez des pianistes modernes. Ce qui ne l’empêchait pas de posséder une certaine virtuosité, au contraire même, puisque sous nos yeux – ébahis, il faut le reconnaître – il a mélangé deux des œuvres les plus ardues pour un pianiste, l’une des Méphisto-Valses de Liszt avec Petrouchka de Stravinsky, pour un rendu mémorable des mélanges des cultures occidentale, catholique-protestante (Méphisto), russe et orthodoxe (Petrouchka).

Malgré des bavardages, une indéniable atmosphère de convivialité régnait dans la salle, notamment grâce aux groupies sexagénaires dans l’orchestre (et loin de moi l’idée de me moquer, attention, c’était au contraire quelque peu touchant).

Ainsi donc, le premier spectacle de la série B de l’école du Spectateur pour 2019-2020 est-il une franche réussite, tout comme son homologue de la série A. Une année prometteuse a commencé !