Ecole du spectateur

Dom Juan... et les clowns - Louis Rubellin 1L1  par Francois Rubellin le 2019-02-11

Je déteste les clowns. N’y voyez pas quelque coulrophobie ou mépris de la part de votre serviteur, simplement un désamour profond et certain. Aussi, lorsque j’ai constaté la présence du spectacle Dom Juan… et les Clowns de la Compagnie Miranda le 2 février 2019 au Théâtre dans mon abonnement, je dois avouer avoir pensé ne pas m’y rendre. Envers et contre  tout, j’y suis allé, comme vous le constatez, sachant que souvent par le passé mes pressentiments ont été démentis.

Après un Bord de Scène (suivre ce lien) lors duquel nous avons rencontré le meneur de la troupe, Thierry Surace (Dom Juan), un homme sympathique aux airs d’Alexandre Astier, il m’a effectivement semblé que mes premières impressions allaient s’avérer fausses. Elles n’ont été que partiellement démenties.

Pour ce que j’en garderai de positif, il y a d’abord et avant tout le fait d’avoir su accumuler, appris et de pouvoir jouer autant de texte, ce qui me laisse pantois – mais c’est là quelque chose que je reconnais à toute pièce de théâtre. Ce qui est spécifique à la pièce de samedi 2, c’est toute l’improvisation dont ont fait preuve les comédiens, brisant à l’envi le Quatrième Mur. Quand ce n’est pas une photo avec un polaroïd avec une des spectatrices pour la collection de Dom Juan, c’est une discussion entre Sganarelle et les spectateurs du rang de devant, et, paroxysme de cette rupture totale de la barrière entre public et acteurs, la descente dans le caveau du Commandeur. En effet, lorsque Sganarelle et son maître entrent dans la sépulture du Commandeur (aucunement besoin de vous faire l’affront de vous redonner le synopsis), ils descendent dans l’orchestre, et là, par un habile effet de transition, ils commencent à parler avec les spectateurs (Là je parle avec un gisant, dit Dom Juan à son valet en montrant une femme – d’un certain âge –, ou encore Non madame ne mourrez pas s’il vous plaît, après vous pourrez mais pas tout de suite, rapport à l’assurance, et enfin non mais ils ne nous voient pas là-haut ! (à propos des spectateurs au poulailler) Est-ce que vous avez payé autant que ceux qui sont ici ?). Bien entendu, étant dans une baignoire, je n’ai peut-être pas le même point de vue que ceux de l’orchestre, qui ont été plus enquiquinés… Il n’empêche que cette descente a placé la salle sous le signe de l’hilarité générale, et je mentirais si je niais avoir ri.

Cette pièce fait le pari de l’inventivité pour la mise en scène de ce monstre du répertoire théâtral, ce qui n’est en soi pas une mauvaise chose, même si l’option qu’elle a prise ne m’a pas particulièrement plu. Reconnaissons cependant que la compagnie a eu l’honnêteté d’appeler le spectacle Dom Juan… et les Clowns et non simplement Dom Juan, ce qui n’en fait pas une trahison mais bien une réécriture, une interprétation, une réadaptation (le choix est large). C’est honnête et l’on ne peut pas leur enlever cela.

Reste que ça piaille, ça bouge dans tous les sens : c’est parfois un vrai spectacle de cirque que cette pièce, notamment à l’arrivée de Dom Carlos et Dom Alonse, métamorphosés en manieurs de fouet – en dompteurs. Des essais de transformisme par moments également, ou encore une insupportable et interminable scène entre les personnages de Pierrot et Charlotte où les voix sont proprement douloureuses (celle du grand bête pour lui et un piaillement incessant pour elle) pour l’oreille d’un être humain normal entachent durement ce spectacle, qui pourtant sait faire rire (l’improvisation déjà évoquées où les scènes avec Dom Louis, le père de Dom Juan). Et le tout est esthétiquement d’une laideur ! Si seulement ils se limitaient au nez rouge ! Mais non, il faut des costumes, des maquillages (sauf pour Dom Juan) ! Certes, on me dira que c’est pour accentuer le burlesque de la pièce, que c’est pour dénoncer l’hypocrisie des bigots et de la société en elle-même à laquelle ne croit pas Dom Juan, qui reste le seul à peu près présentable. Je l’admets. Les clowns sont, effectivement, extrêmement laids.

Alors, quel verdict ? Contrairement à d’autres spectacles regrettables, je n’ai pas réellement perdu ma soirée. Malgré le fait que la plupart du temps je me sois ennuyé ferme, il y a derrière ce spectacle une réelle réflexion – c’est ce que je pense, car sinon je ne vois vraiment pas l’intérêt de faire un spectacle esthétiquement aussi repoussant – qui mérite d’être prise en compte, et des parcelles qui vous feront très certainement (sou)rire.