Le mercredi 11 mars 2026, l’ensemble des hellénistes de François 1er ont été accueillis à la Bibliothèque Nationale de France, sur le site Richelieu.

 

« Suite à notre départ du lycée vers 12h, afin de pouvoir prendre le train de 13h02, nous avons pu nous rendre sur le site quelques minutes plus tard. Là-bas, nous avons été accueilli par un conservateur responsable des manuscrits grecs, Christian Förstel; il était très accueillant et nous a donc permis de profiter un maximum des différents manuscrits grecs qui ont été mis à notre disposition. » Adrien Charnier.

« Bienvenue au musée de la Bnf. Après avoir serpenté entre les arbres peuplant ces jardins, nous traversons le hall et entrons dans une salle. Christian Förstel, chargé des manuscrits grecs nous y attend. La pièce est vaste, boisée, elle impose dès notre entrée une atmosphère solennelle, intimiste. Nous prenons place autour de Christian Förstel et peu à peu le calme s’installe pour prêter attention aux manuscrits. Christian Förstel nous en sort successivement six, en les manipulant avec le plus grand soin. J’ai été impressionnée de voir toutes les précautions prises pour conserver ces manuscrits vieux de plusieurs siècles. Ils ne sont jamais posés à même la table, un tapis de velours les y attend, et un rouleau de la même matière les maintient ouverts. » Léna Jean Louis

«  Par le biais de la présentation, nous avons pu découvrir les techniques et les mesures de sécurité utilisées afin de pouvoir conserver les manuscrits. Nous avons observés une sorte de boudin, constituée de billes de plomb et recouverte de tissu, qui permet de garder les pages ouvertes sans les abîmer et de pouvoir étudier le document, ainsi que d’autres instruments. Il nous a même été permis de prendre en main plusieurs de ces manuscrits. Ce qui est aussi très notable, est le fait que chacune de ces œuvres est attribuée à sa boite faite sur mesure et qu’elles soient rangées à l’abri de la lumière. » Adrien Charnier

 

Parce que les manuscrits sont conservés dans des magasins, et non des vitrines ou des rayonnages en libre accès, la découverte des objets doit être préparée par le conservateur, qui prélève, avant notre arrivée, six manuscrits sur les près de 5 000 manuscrits du fonds grec conservé à Paris. Les élèves étaient réunis autour d’une unique table, où Christian Förstel ouvrait successivement un seul manuscrit à la fois.

 

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Voici un aperçu des trésors que nous avons pu découvrir, dans l’ordre chronologique :

* MS Grec 107 : Lettres de Saint Paul, en grec, traduite en latin sur la page de droite. Le manuscrit date sur 5e siècle de notre ère, il est copié dans une majuscule assez facile à la lire. La traduction latin n’est pas celle de la Vulgate (la version attribuée à St Jérôme), c’est donc probablement une traduction plus ancienne. Ce manuscrit est donc déjà remarquable parce qu’il conserve une version bilingue très ancienne, mais il y a plus. A un moment, il a perdu deux feuillets, que quelqu’un a voulu remplacer. Pour cela, le copiste a utilisé un parchemin déjà couvert d’écriture, qu’il a gratté et nettoyé pour écrite le texte manquant par-dessus. On appelle cela un palimpseste. Or, le texte gratté contient environ 200 vers d’une tragédie d’Euripide qu’on a perdu par ailleurs, le Phaeton ! Ainsi, le même manuscrit contient en réalité trois textes différents : la version grecque des lettres de St Paul, une traduction latine, et une tragédie d’Euripide, cachée dessous.

 

* le Codex Sinopensis : ce fut, sans conteste, le manuscrit qui a le plus impressionné les élèves.

« Une pièce a particulièrement marqué mon esprit (et je pense que cela est aussi partagé par mes camarades) : le Codex Sinopensis, un manuscrit du VIème siècle, de couleur pourpre et écrit entièrement à l'encre d'or. Le feuillet qui nous a été montré relatait de l'épisode des Évangiles du "Miracle du Figuier desséché". Le texte était aussi accompagné d'illustrations en bas de page qui me firent elles aussi forte impression par leur conservation et leur précision : il était même possible de remarquer le détail du dessèchement des branches du figuier les plus proches de Jésus. » Léon Chaix-Brunelle.

 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b105388196.image

 

* MS Grec 437 : le Pseudo-Denys l’Aréopagite

Ce manuscrit était écrit en majuscule, mais il n’était pas très facile à lire pour autant, car les mots ne sont jamais séparés. Christian Förstel nous a expliqué que imbroglio entre trois personnages qui s’appellent ou prétendent s’appeler Denys. Il y a d’abord un personnage biblique, donc du 1er siècle. L’auteur du traité théologique que nous avons vu date cependant du 5e siècle, mais il se fait passer pour le personnage biblique, c’est pourquoi on le surnomme « pseudo »-Denys, on ne connaît pas son identité véritable. La copie que nous avons vue, datant du 9e siècle, est le premier manuscrit grec entré dans la bibliothèque des rois de France. Il a été offert personnellement à Compiègne à Louis le Pieu, par les ambassadeurs de l’empereur de Constantinople. Pourquoi ce texte ? Parce que l’empereur savait que l’on honorait particulièrement la mémoire de l’évangélisateur de la Gaule, le martyr Saint Denis qui a donné son nom à l’abbaye du nord de Paris. D’un Denys à l’autre, il n’y a qu’un pas ! Le manuscrit a donc été déposé dans l’abbaye de Saint Denys, avant de disparaître au 16e siècle et de réapparaître, on ne sait trop comment, dans la collection nationale.

 

https://essentiels.bnf.fr/fr/image/34a9425b-c87d-4c00-92ec-7d4c94b49723-oeuvres-pseudo-denys-areopagite-1

 

* MS Grec 2389 : l’Almageste de Ptolémée

Ce manuscrit est le plus ancien conservé pour el traité d’astronomie le plus célèbre du monde antique. Il conserve de nombreuses figures géométriques, mais aussi des annotations marginales et des calculs.

 

« Plusieurs caractéristiques des manuscrits m’ont marqué : les lettres et mots sont tout attachés entre eux, il y a des séparations par chapitre titrés (ce que je pensais plus moderne), les pages sont numérotées... mais d’une étrange manière : les grecs utilisaient les lettres aussi pour compter : alpha signifie 1, bêta 2, gamma 3, delta 4... puis iota 10, kappa 20, lambda 30 etc.

Les conservateurs n’ont généralement pas les manuscrits originaux ou très proches de la date de création. Par exemple, le plus ancien almageste connu, à la Bibliothèque nationale de France, qu’on a pu admirer, datait du IXème siècle après Jésus Christ contre une publication originale en 148. Il y a 700 ans d’écart ! » Arthur Donato Zylbersztejn

« J’ai apprécié de voir les traces laissées par des lecteurs successifs de ces ouvrages leur donnant une dimension humaine et enrichissant leur analyse. » Charlie Steinmetz.

 

https://essentiels.bnf.fr/fr/image/7f14dd9c-40d8-4277-8579-80ee346d45b6-almageste-ptolemee

 

* MS Suppl. gr. 309

Copie officielle d’un discours de l’empereur Manuel II sur la mort de son frère. Le manuscrit est remarquable car il conserve un portrait officiel de l’empereur, commanditaire et auteur du manuscrit.

« L’homme représenté sur la peinture est l’empereur de Constantinople, qui est aussi l’auteur du texte. Sur l’image, il tient dans la main un sac de cendres, pour lui rappeler que lui aussi est mortel (je crois). » Léa Lefèbvre.

« L’enluminure dorée était sans doute ma préférée .» Alexandre Hang.

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Manuel_II_Pal%C3%A9ologue

 

* MS Grec 2685 (ce manuscrit n’est pas numérisé !)

Cette copie de l’Iliade a été réalisée après la chute de Constantinople, preuve que le Grec ne meurt pas en 1453. Elle a sans doute été commandée par Mehmet II, Sultan Ottoman, à l’occasion de sa visite du site connu comme celui de Troie. Ensuite, le manuscrit est resté dans la bibliothèque du palais de Topkapi à Istamboul, d’où il est sorti à la fin du A7e siècle pour être vendu à Antoine Gallant. C’est ce même Antoine Gallant qui a donné la première traduction des Mille et Une Nuits, sans laquelle, sans doute, ce texte ne serait jamais entré dans la culture collective mondiale !

 

« Le manuscrit que j’ai préféré n’est autre que celui de l’Iliade. En effet, ce manuscrit est relié à la collection d’une manière totalement différente des autres. Il arborait ce qu’on appelle une reliure islamique, caractérisée par la présence d’un rabat permettant de protéger également la tranche du livre. De plus, cette reliure présentait plusieurs décors en relief. Enfin, je trouvais que l’écriture était magnifique et soignée. » Auxane Hang

 

« J’ai été surprise d’apprendre es liens qui existent entre la transmission des manuscrits grecs et d’autres textes, comme par exemple les ‘Mille et Une Nuits’ » Dalvina Vinelo.

 

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En somme, une visite qui a permis d’aborder l’histoire générale de l’Europe, du 1er au 18e siècle, l’évolution de l’écriture du Grec, de la fabrication des livres, des relations diplomatiques, des trouvailles de hasards et des trésors cachés dans des livres.

« Nous avons pu apprendre plusieurs éléments sur ces manuscrits grec fait à partir de peau de bête poli, parfois réutiliser pour en changer le contenu. Puisque c'est manuscrit été écrit à la main et que la préparation des feuilles prenait beaucoup de temps c'est manuscrit coûtait très cher, et pourtant il y en avait de plus cher que d'autres avec par exemple des pages teintes en pourpre avec des coquillages. Cette teinture pourpre inspirer la royauté, importance et la richesse. » Sarah Chaput.

 

« Je trouve fascinant le fait que les choix de conservation ou d’utilisation de ces manuscrits faits par les Hommes depuis des siècles et des siècles aient un si grand impact sur l’accès que nous avons à ces textes. Par exemple, l’homme qui a gratté un feuillet pour le réutiliser et recopier un autre texte ne se doutait pas qu’il venait d’offrir aux paléographes un rare échantillon de la pièce d’Euripide qui avait été perdue. Je pense également à ce lecteur qui a inscrit des notes au sein de son manuel d’astronomie, retraçant les figures et refaisant les démonstrations mathématiques. En s’appropriant le manuscrit et en joignant son écriture à celle de l’auteur, le manuscrit devient alors d’autant plus vivant. » Léna Jean-Louis

 

« Pendant cette après-midi du 11 mars 2026, entre les histoires de « vrai et faux » Denis, de ce capitaine français qui trouve dans un petit marché de l’actuelle Crimée un manuscrit exceptionnel, ou des visites de l’empereur byzantin faisant sensation à cause de ses vêtements peu orthodoxes aux yeux des coutumes parisiennes, nous avons appris nombre de choses et d’anecdotes sur l’histoire de ces manuscrits, qui, dès à présent, sont gravés dans nos mémoires. » Josué Durand

 

« Les manuscrits qui m’ont marqué sont donc l’almageste de Ptolémée (que Leonie a pu tenir dans ses mains !!!) et la page peinte en pourpre gravées de lettres en or qui montre un miracle de Jésus-Christ dans le Nouveau Testament. Le directeur des manuscrits grec nous a expliqué l’évolution des livres : dans l’Antiquité les pages étaient faîtes de papyrus, au Moyen Âge de peau d’animal, et ensuite en papier. Les couvertures étaient en cuir.

Le directeur des manuscrits grec nous a accordé une immense confiance en nous présentant des manuscrits extrêmement précieux et uniques au monde. J’aimerais donc le remercier infiniment pour l’expérience incroyable qu’il nous a offerte. » Arthur Donato Zylbersztejn

 

« Ce qui m’a surprise : à quel point nous étions privilégiés de pouvoir voir en vrai d’aussi précieux documents ; de pouvoir toucher des manuscrits ; d’apprendre qu’un manuscrit a autant d’histoire et le fait qu’on arrive à retracer aussi précisément la vie d’un manuscrit. Cela permettait de vraiment comprendre le métier de conservateur, qui ne fait pas que « garder » des vieux documents. » Léonie Ligaire.

 

« Cette visite a été une révélation : on a tellement entendu parler de la civilisation grecque, mais voir leurs vestiges fut un vrai bonheur. » Aaron Triviet Watrinet.

 

« Mon seul regret est que nous n’avons pas eu le temps de voir le reste de la bibliothèque. » Martin Languillat.

 

Merci aux parents de Léa qui ont accepté de nous accompagner !

 

Mme Weddigen, professeur de grec