Lettre 1 : élèves de Terminale : Luc Delcambre, Anthéa Lombard, Ferdinand Robiaille
Salut à toi, mon Lucilius,
1. Eh bien vas-y, mon Lucilius, sors-toi tout seul de l’esclavage ! Le temps qu’on te prenait ou qu’on te volait, quand il ne s’échappait pas de tes mains, recueille-le et prends-en soin. Certains moments nous sont arrachés, d’autres nous sont volés, et d’autres s’évaporent. C’est ainsi, comme je te l’écris. Mets-toi ça bien en tête.
Il y a une perte qui devrait nous inspirer plus de honte que toutes les autres, celle qui arrive par négligence. Oui, pour peu qu’on y pense, nous passons une grande part de la vie à mal faire, une part encore plus grande à ne rien faire, et la vie tout entière à nous occuper de n’importe quoi.
2. Peux-tu me citer une personne qui donne de la valeur à son temps ? Qui connaisse le prix de chaque jour ? Qui comprenne qu’elle meurt au quotidien ? On se trompe quand on considère que la mort viendra plus tard. Pour une grande part, elle nous a déjà dépassés. Tout ce qui est derrière nous, la mort le tient.
Donc vas-y, mon Lucilius, fais comme tu l’écris : prends dans tes bras chaque heure qui passe. En t’appropriant aujourd’hui, tu feras moins crédit à demain. Pendant que tu t’attardes, au contraire, la vie accélère.
3. Rien n’est à nous, Lucilius, sauf le temps. La nature nous a mis en possession de cette unique chose, fugace et fuyante, dont n’importe qui peut nous exproprier. Et les mortels sont si simplets qu’ils se sentent redevables pour les choses les plus petites et les plus viles qu’on leur confie, d’ailleurs faciles à remplacer. En revanche, personne ne se sent redevable de nous prendre du temps. Pourtant, c’est la seule chose que même les plus reconnaissants ne pourraient pas nous rendre.
4. Tu vas peut-être me demander comment je m’y prends, moi qui te donne ces beaux conseils. Je te l’avoue en toute sincérité, je dépense luxueusement mon temps, mais pas n’importe comment. Ma comptabilité est bien tenue. Je ne peux pas dire que je ne perde rien, mais ce qui se perd, et pourquoi, et comment, je te le dirai. Je rendrai compte des causes de ma misère. Hélas, il m’arrive la même chose qu’à beaucoup de gens ruinés sans qu’il y ait de leur faute : tout le monde les excuse, personne ne les aide.
5. Et alors ? Il n’est pas pauvre, à mon avis, celui qui se contente du peu qu’il lui reste. Toi pourtant, je préfère que tu préserves ce qui est à toi et que tu t’y mettes de bonne heure. Comme disaient les Anciens : « Trop tard pour épargner le vin, quand la jarre est presque vide » Il en reste peu dans le fond, puis c’est là qu’il est le moins bon. Porte-toi bien,
Sénèque
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Lettre 7 : élèves de 2nde : Paula Bernard, Eloïse Bétoule, Julia Hémery, Léa Lefebvre, Anatole Zemmouri
Salut à toi, mon Lucilius,
1. Tu me demandes mon avis sur ce que tu dois éviter à tout prix ? La foule. T’y laisser emporter te fait courir un risque. Enfin, j’avoue que c’est pour moi l’une de mes faiblesses. Quand je reviens à la maison, je n’ai plus le même comportement qu’au moment d’en sortir. Chaque fois, ce qui s’était apaisé en moi se retrouve agité, ce que j’avais fui est revenu. Il nous arrive la même chose qu’aux malades lorsqu’ils sont restés si longtemps invalides qu’ils ne peuvent pas sortir sans se sentir agressés. Nos cœurs se remettent d’une longue maladie.
2. Fréquenter trop de monde ne nous vaut rien. La moindre rencontre nous recommande tel ou tel vice, ou nous l’impose, ou nous en imprègne sans qu’on le sache. Vraiment, à mesure qu’on se mêle à un plus grand groupe, le risque augmente. Mais rien ne fait plus de dégâts sur le comportement que de prendre une place aux arènes. Les vices pénètrent alors plus facilement, aidés par le plaisir.
3. Tu te demandes de quoi je parle ? Je reviens plus cupide, plus avide de pouvoir, plus complaisant mais surtout – c’est bien pire – plus cruel, moins humain pour m’être risqué parmi les hommes. Je me suis trouvé par hasard au spectacle de midi. Je m’attendais à des jeux, à du rire, à un divertissement qui aurait soulagé les yeux des hommes de la vue du sang humain. Tout le contraire ! En comparaison, les récents combats étaient pleins de tendresse. Fini les plaisanteries, voici du meurtre pur et simple. Les gars n’avaient rien pour se protéger ; leurs corps étaient entièrement exposés aux coups ; leurs mains ne frappaient jamais en vain.
4. La plupart des gens préfèrent ça aux duels de gladiateurs professionnels, qu’ils soient au programme ou à la demande. Je ne suis pas surpris ! Pas de casque, aucun bouclier pour repousser le fer. Qui se soucie de protections ? De techniques de combat ? Ces foutaises retardent la mort. Dans le spectacle du matin, des humains sont livrés aux lions et aux ours. Dans celui de midi, c’est aux spectateurs qu’on les livre. Ils ordonnent à ceux qui massacrent de se faire massacrer ensuite. Ils réservent le vainqueur pour un autre meurtre. S’il veut sortir de l’arène, il n’y a que la mort. Le fer et le feu s’en occupent. Voilà ce qui se passe quand le cirque s’amuse.
5. « Mais celui-ci est un voleur qui a tué quelqu’un ! » Et alors ? Il a donné la mort, il mérite qu’on la lui donne, mais toi ? Qu’est-ce que tu as fait, misérable, pour mériter de contempler des choses pareilles ? « Vas-y ! Tue-le ! Le fouet, frappe du fouet ! Le tison, qu’on les brûle au tison ! Qu’est-ce qui lui prend, à lui ? Il fait des manières pour se faire planter ? Et lui ! Peut pas tuer avec un peu de conviction ? Non mais, qu’est-ce qu’il a à rechigner devant la mort ? Fouettez-les ! Sur les plaies ! Frappez-les ! Chacun son tour ! Torse nu, sans défense ! » Une pause dans l’action. « Hé, coupez des gorges, qu’il se passe quelque chose ! » Voyons, vous ne comprenez pas cette vérité si simple, que les mauvais exemples se retournent un jour contre ceux qui les donnent ? Remerciez les dieux immortels que ceux à qui vous donnez des leçons de cruauté soient incapables de rien apprendre.
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élèves de 1ère : Salomé Bertin-Soussan, Lou Poussin, Pierre-Armand Schmitt, Mélissandre Thiron,
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Lettre 23 : élèves de Terminale : Léon Chaix-Brunelle, Léna Jean Louis, Charlie Steinmetz
Salut à toi, mon Lucilius,
1. Est-ce que tu penses que je vais t’écrire combien l’hiver a été gentil avec nous – il a été vraiment court et clément –, que nous avons un printemps affreux, qu’il fait bien froid pour la saison et autres inepties de ceux qui n’ont rien à dire ? Non. Moi, je vais t’écrire des choses qui nous servent à toi et à moi. Qu’est-ce que ce sera ? Eh bien, je veux t’exhorter à affûter ton esprit. Tu demandes : par où commence-t-on ? Par ne pas se réjouir de sottises. J’ai dit commencer ? Non, c’est par là qu’on termine.
2. On a atteint le plein accomplissement quand on sait d’où tirer sa joie, quand on ne place pas sa prospérité sous le contrôle d’un autre. Celui qui se laisse emporter par l’espoir est inquiet et peu sûr de lui-même, même lorsque ce qu’il vise n’est pas très difficile, même lorsque ce qu’il espère ne se refuse jamais.
3. Voilà, mon Lucilius, ce qu’il faut faire avant tout le reste. Apprends à te réjouir. Crois-tu qu’en éloignant de toi ce qui tient à la chance – car j’estime qu’il faut te garder de l’espoir, le plus doux des divertissements – je sois en train de te priver de nombreux plaisirs ? C’est le contraire. Je veux que l’allégresse ne te quitte jamais. Je veux qu’elle naisse dans ta propre maison, et elle y naît toutes les fois qu’elle se produit à l’intérieur de toi. Les autres réjouissances n’emplissent pas la poitrine, elles dérident seulement le front. Elles n’ont pas de poids – à moins que tu n’ailles croire que tous ceux qui rient sont joyeux, peut-être ? Non, le cœur doit être alerte, confiant et au-dessus de toutes choses.
4. Crois-moi, la vraie joie est une affaire sérieuse. À ton avis, est-ce qu’il suffit d’un visage souriant et, comme le disent les snobs, « tellement épanoui », pour mépriser la mort, laisser la pauvreté entrer chez soi, tenir les plaisirs en bride, s’entraîner à endurer les souffrances ? Celui qui réfléchit à tout cela fait l’expérience d’une grande joie, mais elle ne l’inonde pas de caresses. C’est cette joie-là que je veux que tu possèdes. Tu n’en manqueras jamais, une fois que tu auras trouvé où la puiser.
5. Les mines de surface produisent des métaux légers ; les plus riches sont celles qui cachent leurs veines dans les profondeurs ; elles répondent généreusement à qui les creuse avec acharnement. Les choses dont les gens se délectent d’habitude procurent un plaisir fragile et superficiel ; toute joie qu’on introduit de l’extérieur manque de fondations ; celle dont je parle, celle à laquelle j’essaie de te conduire, est solide et se déploie vers l’intérieur.
6. Une seule voie peut te rendre heureux. Très cher Lucilius, je t’en prie, suis-la ! Toutes ces choses qui brillent sous le regard, toutes celles qui ne peuvent être promises ou données que par quelqu’un d’autre, jette-les et foule-les aux pieds. Tourne-toi vers le vrai bien et réjouis-toi de ce qui est à toi. Bon, qu’est-ce qui est à toi ? Toi-même, la meilleure part de toi.
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